vie collective

Lutte contre oppressions et prise en charge des conflits

Charte

Pourquoi faire une charte? c’est bureaucratique, c’est normé, c’est relou ? Encore pire, autoritaire ? Les personnes qui ont écrit ce texte pour le camp préfèrent les règles écrites et discutées aux hierarchies informelles. Le texte de Jo Freeman, la tyrannie de l’abscence de structures en parle bien. Voilà donc la charte pour le camp fin aout 2020 :

Introduction

Nous pensons que nos luttes écologistes et anti-nucléaires n’aboutiront que si nous nous attaquons au système en place qui permet la destruction des écosystèmes et de ses habitant.e.s.
Elles doivent donc nécessairement passer par la fin de tous les rapports de domination qui structurent ce système.

Mais, pour que ces rapports de domination cessent, il ne suffira pas de nous déclarer contre le classisme*, le racisme*, le sexisme*, la cishétéronormativité*, les validismes* etc sous toutes leurs formes.
En effet, nous sommes conscient.e.s que le collectif est pris dans les dynamiques oppressives qui structurent notre société actuelle. C’est pourquoi nous essayons de rendre ce camp accessible a tout.e.s et réfléchissons à prévenir les violences systémiques* au travers de nos affichages, du lexique en fin du livret, à travers les ateliers proposés et des infokiosques. Cela nous permet de nous former de manière a nous empouvoirer face aux oppressions* et de mieux les combattre. Un certain nombre de choses, détaillée ci-dessous, sont par ailleurs mises en place pour que ce camp puisse profiter au plus grand nombre. Nous vous demandons de les respecter.

Nous ne pouvons garantir qu’aucun comportement oppressif n’aura lieu sur le camp. Cependant, nous souhaitons faire notre possible pour le rendre le plus sûr possible. C’est un travail colossal et de long terme, collectif, qui ne peut reposer sur le travail de quelques personnes. C’est pourquoi ces réflexions et propositions seront discutées pendant le camp et suite au camp, dans une perspective d’auto réflexion et d’auto critique, visant à nous faire avancer collectivement!

Nous refusons d’en appeler à la seule responsabilité individuelle et nous refusons le monopole des institutions de l’Etat sur la gestion de ces comportements.
Ainsi, nous ne voulons pas déléguer la gestion des conflits/agressions et la prise en charge des personnes problématiques à des institutions extérieures.
Les institutions qui le font actuellement sont classistes, racistes, cissexiste* et sexistes; nous ne pouvons donc pas compter sur elles. Nous choisissons pour ce camp l’autogestion et travaillons a mettre en place une justice-intracommunautaire*.
Ces réflexions se sont construites suite à des réunions en mixité choisie* et des lectures d’inspirations diverses (féminisme militant def, justice intra-communautaire queer*, justice anti-carcérale*, justice transformative*, psychologie des personnes qui ont subi des agressions…) et ont conduit à la formation de processus permettant d’y réagir. Celui-ci est détaillé plus bas.

Tout cela a nécessité bien du travail mais on reste des militant.e.s qui dédions du temps à ces questions de manière non professionnelle. Si tu as des remarques à nous faire, des ressources à nous partager ou des propositions pour enrichir tout ça, on est ouvert.e.s à la discussion.

Quelques bases communes pour ce camp

Alcool, cigarettes et drogues
L’espace buvette vendra de l’alcool à des horaires spécifiques. Pour garantir un environnement dans lesquels tout le monde puisse se sentir bien, des espaces sans alcool et sans drogue sont prévus sur la camp. Nous vous demandons de ne pas venir aux plénières et ateliers si vous vous sentez alcoolisé.e.s ou drogué.e.s. Nous souhaitons aussi que le camp soit un lieu sans fumée, cendre et mégots de cigarettes, mais il y aura un espace cigarettes!

Bruit
Nous souhaitons que le camp soit un espace sans trop de boucan pendant la nuit, surtout en semaine, afin de respecter le repos de chacun.e.

Nudité et torse nu
Il fera chaud, mais nous demandons aux personnes de ne pas se mettre torse nu. Nous avons conscience que cette question est au centre de débats, mais nous considérons ici que se mettre torse nu peut être une pratique discriminante à l’égard des personnes ne se sentant pas à l’aise pour faire de même, en raison d’enjeux liés au genre et aux rapports entretenus avec son corps.

Espace et temps en mixité choisie*
Plusieurs espaces sur le camp seront en mixité choisie (camping, douches, toilettes, ateliers, soirées, espace détente…). Merci de vous renseigner, de les respecter et à en créer si vous en ressentez collectivement le besoin!

Photos
Nous ne souhaitons pas que des photos et vidéos soient prises sur le camp, notamment pour des raisons de sécurité. S’il s’avère que vous souhaitez en prendre une exceptionnellement, demandez systématiquement aux personnes qui apparaitront dessus.

Soin et autosoin
De manière générale, n’oubliez pas de prendre soin de vous et des autres, en accord avec vos capacités!
Il est par ailleurs important de respecter l’intimité de chacun.e. Evite les questions trop perso si tu n’y as pas été invité.e (par exemple sur les origines, sur les vécus liés aux oppressions ou sur l’allure des organes génitaux) et veille à bien utiliser le pronom auquel la personne à qui tu t’adresse s’identifie. N’hésite pas à poser des questions si certaines choses ne sont pas claires. Il peut cependant être fatiguant pour les personnes qui subissent ces oppressions de faire de la pédagogie en permanence, d’autres personnes peuvent sûrement t’éclairer. N’hésite pas non plus à t’adresser à l’équipe awareness que vous reconnaitrez facilement.

Covid
Covid Avec la maladie contagieuse qui nous entoure, nous vous invitons à éviter les embrassades, à ne pas partager vos verres, couverts, assiettes et objets personnels avec les autres et à vous laver les mains assez fréquemment (ça fait toujours du bien). Nous serons nombreux.ses sur le camp, faisons toustes un petit effort.

Le groupe écoute et l’équipe awareness

Le groupe écoute est présent sur le camp pour… écouter. Si vous ne vous sentez pas bien sur le camp, que vous vivez une situation qui vous semble problématique (notamment par rapport aux principes qui régissent le camp); faites-leur signe. Des créneaux seront prévus pour cela à la tente awarness ou n’importe où sur le camp quand les personnes du groupe écoute porteront un signe de reconnaissance. Les personnes de ce groupe seront particulièrement attentives aux dynamiques oppressives sur le camp.
Une formation à l’écoute active sera organisée sur le camp. Si tu es motivé.e pour apprendre ce rôle, on s’y retrouve!

L’ équipe « gestion des conflits » a pour rôle de prévenir et de prendre en charge les conflits et les violences et agressions sur le camp. Il se réunira quand cela sera nécessaire pour mettre en place un protocole. Si tu as des compétences sur le sujet, n’hésites pas à venir le voir.

La gestion des violences sur le camp

Les termes utilisés et ce qui guide notre action

Nous préférons utiliser les termes “personne agressée” aux mots “victime” et “survivant.e” et l’expression “personne qui a commis une agression” à “agresseur.se”. En effet, nous considérons que des personnes ne peuvent être réduites définitivement à un rôle, sans quoi nous ne pouvons espérer briser le cycle des violences.

Dans ce protocole, nous différencions les conflits des agressions ou situations de violence. Les conflits se déroulent pour nous entre plusieurs personnes qui sont sur un pied d’égalité ou qui n’utilisent pas leurs privilèges lors de l’expression de désaccords. Il y a donc possibilité d’un dialogue équitable entre elles. Au contraire, une agression est unilatérale. Une des personnes en détermine le début et la fin au détriment de l’autre. La réalité est évidemment souvent beaucoup moins tranchée mais il nous semble important de poser que nous ne sommes pas là pour résoudre tous les conflits interpersonnels sur le camp.

Toutes les oppressions et dominations sont concernées et nous considérons qu’une agression n’est pas nécessairement physique : elle peut par exemple s’attaquer au moral (harcèlement, insultes,…) ou a la position sociale d’un individu (dénigrement public…). L’objectif de cette distinction est de pouvoir traiter différemment les deux : un conflit peut se régler par la mise en place d’une écoute active entre les deux partis, ce qui n’est pas permis dans le cas d’une violence, dans lequel une des personnes a pris le pouvoir. Dans ce cas, nous centrerons notre action sur la personne qui a subi l’agression, pour lui permettre de se soigner et de se réempouvoirer autant que possible en accord avec ses envies. En parallèle, la personne qui l’a agressé.e devra reconnaître sa responsabilité, participer activement, dans la mesure de ses moyens, à la ou les potentielles réparation(s) demandée(s) par la personne agressée. mais aussi de transformation pour faire évoluer son comportement, participer à la désescalade de la violence et à une dynamique collective pour que ce genre d’agression ne se reproduise pas.

La prise en charge des conflits sur le camp

Des personnes ressources pourront proposer une médiation* en cas de conflit sur le camp. Son rôle est d’éviter que les conflits interpersonnels ne dégénèrent en agressions ou impactent le fonctionnement du collectif. La logique n’est ainsi pas d’effacer les désaccords mais de faire en sorte qu’ils fassent le moins de dégâts possible ou d’en tirer quelque chose de positif. Toutefois, pour des raisons logistiques, cette équipe ne sera pas a même de résoudre tous les conflits sur le camp. Une décentralisation progressive des processus de médiation serait souhaitable ainsi que des formations sur le sujet. Nous invitons toutes les personnes qui s’en sentent capables et qui le souhaitent à proposer des ateliers sur le sujet ou à partager des ressources.

La prise en charge des aggressions et des situations de violence commises sur le camp

Un protocole pensé en amont par l’équipe prise en charge des conflits sera proposé aux personnes concernées avec l’aide de personnes ressources présentes sur le camp et souhaitant y prendre part. Celui-ci aura pour temporalité le moment du camp. Si cela est jugé nécessaire pour protéger une personne ayant subi une violence, une exclusion d’une personne ayant commis une violence pourra être décidée. Cependant, l’action de ce groupe continuera après le camp afin que la réponse apportée à une situation de violence soit la plus satisfaisante possible sur le long terme.

Definitions

Cisgenre : En Occident, le genre est représenté de façon binaire et sur des critères biologiques, à savoir un·e nouveau né·e avec un pénis est dit·e garçon et un·e nouveau né·e avec vulve et utérus est dit.e fille. Le mot cisgenre définit les personnes qui sont en accord avec le genre qui leur a été assigné à la naissance.

Cishétéronormativité : Cadre social et culturel qui définit une norme hétérosexuelle et cisgenre. Tout ce qui sort de cette norme est au mieux considéré comme une exception et est exclu des espaces publics. Ainsi, dans cette norme, toute personne est supposée hétérosexuelle et cisgenre sauf si elle fait un coming-out.

Cissexisme : Système qui opprime les personnes dont l’identité ou l’expression de genre ne correspondent pas au sexe assigné à la naissance (contre les personnes pas cisgenres quoi).

Classisme : Système d’oppression fondé sur l’appartenance ou la non-appartenance à une classe sociale. Elle peut prendre des formes diverses : rejet des cultures populaires, mépris de classe, considération des classes populaires comme moins méritantes,…

Non-mixité ou mixité choisie : des personnes qui subissent une même oppression se réunissent entre elles pour échanger sur leurs vécus, s’organiser ou simplement trouver un espace sans oppression. Les personnes qui ne subissent pas cette oppression ne peuvent pas s’y joindre.

Racisme : Système d’oppression fondé sur l’appartenance d’une personne à un groupe humain spécifique, en raison de ses origines,
réelles ou supposées. Il peut s’appuyer sur l’idée illusoire d’existence de races au sens biologique du terme, et de l’existence d’une hiérarchie entre elles.

Sexisme : Système d’oppression à l’encontre des personnes perçues comme étant de sexe féminin. Souvent cela s’étend au genre féminin, par extension, car la correspondance est fréquemment faite automatiquement entre genre et sexe, et tout ce qui est ainsi caractérisé comme « féminin ».

Validisme : Système d’oppression fondé sur l’invalidisation de certains corps et de certaines manières de penser. Ce système hiérarchise notamment les personnes selon leur capacité à s’intégrer dans le système productif. Il met certaines personnes en situation de handicap en construisant des espaces normés, inadaptés aux personnes à mobilité réduite, sourdes, muettes, aveugles, qui pensent différemment, qui relationnent différemment…

Justice anticarcérale : justice qui n’a pas pour finalité de punir par la prison les personnes qui ont commis des délits, les acteurices de cette justice remettent en question la punition pour penser des alternatives au système pénal (quand a-t-on besoin de punir, comment prendre en charge la victime à partir de ses besoins…)

Queer : terme désignant l’ensemble des minorités sexuelles et de genre, personnes qui s’écartent souvent de l’hétérosexualité et/ou de la cisidentité.

Violence systémique : violence subie du fait de la forme et des normes qu’impliquent un système (patriarcal, cisnormé, validiste, raciste, sexiste etc). Par exemple, une femme qui ne souhaite pas se marier peut subir une pression de la part du système patriarcal qui indique à que les femmes doivent avoir un mari, cette pression peut être intégrée et provoquer un mal-être voire une souffrance, cette violence est provoquée par un système c’est pourquoi on parle de violence systémique.

Oppression : fait de dominer avec violence par un abus d’autorité. La suppression de diverses libertés, une police politique ou une monopolisation de la parole sont des moyens d’opprimer par exemple.